TW viol, violence, inceste, troubles alimentaires

Certains livres font sourire, rire, ou pleurer, soulèvent des émotions dont on peut parler facilement. Ce n’est pas le cas de celui-ci. 

“Cette nuit-là”, c’est le genre de livre dont on ressort le cœur interdit, la mine effarée, les yeux baissés. C’est le genre de livre qui remue les tripes, des choses dont on ne parle pas, ou alors en chuchotant, honteux. Mais c’est aussi, et justement, le genre de livre qui apporte la lueur dans l’ombre, aussi opaque soit-elle. Et même si ce n’est qu’une faible flamme, tout juste incandescente, alors c’est déjà précieux, un début. Un début de refus de la honte, un refus de perdre son soi, un refus de se le faire arracher, un refus de se taire, un refus de se laisser éteindre par l’acte. L’acte, celui qui est peint dans ce livre, si rouge, si synonyme de souffrance, d’arrachement, de dépossession de son corps, et même de son âme. C’est d’inceste dont on parle entre ces pages. D’un viol, d’un cri à l’âme. Mais aussi d’amitié, de “comment on va surmonter ça bordel”, de solidarité, d’amour pur et puissant, de “c’est dur, c’est la merde, mais ça va aller”, de “ne lâche pas s’il-te-plaît”. C’est des larmes, des déchirements, les plaintes aiguës de l’être qui souffre. 

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Et c’est aussi inédit, intéressant, prenant, car Aurélie Massé aborde non seulement le point de vue de la victime, mais également ceux de ses amis, qui vont vivre cette nuit, “Cette nuit-là”, à ses côtés. C’est comment l’horreur du geste impacte sa cible, mais fait aussi des dommages collatéraux. Et c’est comment on fait après ça.

Ce livre, c’est 5 vies, 5 destins qui s’entremêlent, qui se poussent à vivre, qui fusionnent et s’entrechoquent. C’est l’amitié belle, franche, avec ses failles, ses actes manqués, ses cœurs qui s’aiment et ses sourires. Et c’est ça que j’ai particulièrement aimé dans ce livre : il ose. Outre le sujet principal de ce roman, il ose montrer la vie, les troubles, les fêlures de l’adolescent. Ce sont 5 vies totalement différentes mais avec tant à montrer. 5 vies qui basculent toutes en même temps cette nuit-là, et qui vont alors démontrer à quel point l’amitié peut coller les âmes les unes aux autres, les réparer et les amener à vivre dans le même amas de galères, de vie, de joie et de peine. J’ai aimé découvrir chacun de ces personnages, la fougue de Gabriel, la flamme dans sa poitrine, le feu d’artifice dans l’esprit d’Agathe, l’onyx dans les yeux d’Alex, la rosée du matin, frêle, sur le cœur de Sarah. Et le charisme, presque indomptable, secret, d’Eden, qui fut comme le silence dans un musée. 

Je me suis attachée à chacun d’eux, j’ai aimé que leur vies ne soient pas parfaites, qu’elles s’approchent plus de la vraie réalité que celle édulcorée habituelle des romans. J’aurais d’ailleurs aimé plus de pages, pour en savoir plus notamment sur Sarah, et qu’ainsi le sujet des troubles alimentaires soit davantage traité. J’aurais aussi aimé en savoir plus sur Alex, qui m’a touchée par son histoire, et sur ce qui se cache derrière l’indomptable d’Agathe, trop vite évoqué pour moi. On se centre vite sur Eden, et bien que ça soit un personnage qui mérite amplement ces pages, j’aurais aimé qu’on en sache plus sur les autres, dans un individuel plutôt qu’un ensemble. Cependant, ce que j’ai pu voir de chacun d’eux fut vraiment très intéressant, leur histoire m’a très vite touchée et un réel attachement se fait pour eux. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette aura unique, et à la fois simple, que chacun d’eux a pu dégager. J’ai aimé qu’ils aient tous leur histoire, quelque chose à raconter.

J’ai également été touchée par la puissance de ce que véhicule Aurélie Massé par l’histoire qu’elle propose. Qu’elle ose parler de sujets forts, auxquels tout le monde ne voudrait pas forcément prêter sa plume. Cependant, qui dit sujets forts dit sensibilité. Ce livre tire sur les ficelles du cœur, remue les émotions, et ouvre toutes les portes sans avoir été invité à entrer. Alors, si les sujets que j’ai pu évoquer plus haut résonnent en vous, sont des bleus à l’âme ou font monter les larmes, alors abstenez-vous. Aurélie Massé propose un livre, vrai, puissant, mais qui véhicule par conséquent la cruauté qui accompagne nécessairement toute réalité trop exposée. 

Personnellement, qui a la chance de n’être touchée par aucun des thèmes qu’elle aborde dans ce livre, j’ai été émue. J’ai appris la douleur, j’ai appris l’entraide, j’ai appris l’importance de l’autre, et l’importance d’être là pour nous-même. Et c’est bien, de véhiculer cela. Peut être pas parfait, avec des passages que j’aurais aimé plus développés, des émois parfois simples d’adolescents, mais toujours est-il qu’il fait partie de ces livres qu’il est, au moins un peu, important de publier. C’est le genre de livre qui prend les émotions, les recrache sous forme de mots, les rend belles, compréhensibles, ou qui expose la mocheté, et nous le donne à ingurgiter. Et j’aime ça, être face aux émotions, à l’humain, à la cruauté comme l’amour le plus pur, même si ça fait sursauter le cœur et monter les larmes. C’est important.
Merci à l’auteure d’avoir mis le plus de justesse possible dans ses mots. Merci aussi à elle d’avoir accepté l’imparfait, le dur, le cassé, et de l’avoir retranscrit dans ses personnages et les évènements.

Ce livre fait partie de ceux qui ne sont pas un coup de cœur, mais qui font réfléchir, qui laissent une drôle d’impression quand on arrive au point final. Et en définitive, même si ce ne sont pas de ces livres dont les mots s’impriment à vie sur la rétine, ça fait quand même partie des livres qui marquent, même un temps. Et pour ces sujets-là, même rien qu’un temps, c’est important. 

Merci à Slalom pour l’envoi de ce roman dans le cadre du bookclub 🙂

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