Enfin qui sait ? Peut-être qu’on a toujours été abîmées. Peut-être que j’ai toujours été une menteuse, et Mia, quelqu’un de faible. Peut-être que la mort de Summer ne nous a pas transformées, peut-être qu’elle a seulement révélé ce qui était déjà présent en germe.

– Broken things, Lauren Oliver

« Pari risqué… mais pari gagné ! »

Tels étaient mes mots lorsque je vous parlais de ce livre en story, entre deux pages avidemment tournées. Oui, pfiou, quel pari ! Je pensais que c’était de simple personnages, une simple histoire en jeu… Mais c’était bien plus que ça. C’était une Histoire, du genre de celles qui méritent une majuscule, et c’était surtout mes émotions, mon coeur et mon cerveau qui furent mis en jeu.

En effet, ce livre, c’est un sacré truc. Je suis sûre que vous voyez de quoi je parle, cette sensation de se sentir beaucoup plus impliqué dans l’histoire que ne le serait un lecteur lambda. La sensation que nos tripes se nouent, que notre coeur s’échauffe… Si vous ne connaissez pas ce sentiment d’importance des mots, d’adrénaline courant dans les veines à chaque fin de paragraphe, lisez ce livre. Et puis… même si vous ne voulez pas prendre ce risque de vous sentir si impliqués, lisez le quand même, rien que pour rencontrer les personnages. Un pannel un peu typique du thriller young adult : la fille tourmentée un peu naïve, son amie forte et audacieuse, mais blessée, le beau gosse du passé… Tout ça agrémenté de l’extravagante pas si sûre d’elle que ça, et du nerd bizarre sur les bords mais finalement très utile. Mais, surtout, ne vous vous arrêtez pas à ces traits qui ne dépeignent que la surface. Effectivement, ce n’est que le premier reflet du miroir, car dès qu’on laisse l’image s’offrir à nos pupilles, on se rend compte d’une profondeur inouïe.

Ce livre, c’est du grand insoupçonné. C’est la glace qui se brise, l’explosion inattendue, un cri solitaire. Parce que, derrière cette image vite compréhensible des personnages, il y a toute cette multitude de secrets, de souvenirs diffus, de sourires effacés, et de larmes qui roulent. Et tout cela c’est vraiment, vraiment beau.

Une beauté de celles qu’on ne pourrait qualifier en détails, un peu floue, prenante comme une mélodie qui ne s’arrête pas. Ah, l’attachement que cela provoque… J’ai donc vécu cette histoire, littéralement, aux côtés de Brynn, de Mia, d’Abby, d’Owen et de Wade. 5 personnages, une drôle d’équipe, un peu bancale, un peu ébranlée, mais dont les engrenages permettent parfaitement à l’histoire de tourner. Mention spéciale à Brynn d’ailleurs, qui a su m’époustouffler par le paradoxe qu’elle est. L’euphémisme qu’elle est, aussi. Elle est forte, déterminée, presque insolente sur les bords, et même ses blessures permettent d’illuminer son personnage. Elle m’a paru fichtrement authentique, complètement brisée. Mia aussi, même si elle m’a percutée à moindre mesure. Elle est plus douce, heurtée en plein coeur, mais empreinte d’un délicatesse criant de douleur qui a su tempérer le feu qui anime et consumme Brynn.

Face à ces deux éléments si percutants, on aurait pu faire face à des personnages secondaires plutôt fades, effacés. Mais ce n’est pas le cas. Abby apporte de l’originalité presque pudique avec son côté malicieusement extravaguant, et Wade inspire cette odeur de café et ce pétillement dans les yeux caractéristiques de cette bizarrerie attachante, intelligente, qui le constitue. Mêlé à tout cela, Owen, Owen et la touche mystérieusement douce-amère qu’il apporte, et qui permet de s’attacher à lui. En bref, une multitude d’émotions, de couleurs, qui frappe ces âmes malmenées, pleines d’interrogations et d’espoirs quasi déchus.

C’est donc une équipe totalement incongrue qui nous entraîne, complètement attachante, raffistolée et unie. Car oui, là réside un lien terrible : la mort de Summer, meilleure amie de Brynn et de Mia. Et ses assasins ne sont d’autres que… Brynn et Mia.

« Il y a 5 ans, juste après avoir fêté mes 13 ans, j’ai tué ma meilleure amie. »

Seulement… le point final est loin d’être encré dans le papier, et au sens propre. Toute cette astmosphère si prenante, si pesante sur la cage thoracique et provoquant cette tension dans le bas-ventre… tout cela est lié à une chose aussi mystérieuse que tout ce qu’il implique : Retour à Lovelorn, une fan fiction écrite par Summer, Mia et Brynn à cette funeste époque. Cependant ce livre, cet univers, s’est insinué dans leurs vies, sous leur peau… Fiction et réel s’entremêlent, et donnent lieu à cette ambiance qui suinte des non-dits, du meurtre de Summer, qui nous entraîne dans ces questions, cette magie presque sombre de Lovelorn. Le point final, pourra-t-il jamais s’écrire ? Une interrogation qui reste en suspend, parmis tant d’autres, au fil de l’histoire. Cela donne ainsi lieu à une réelle aventure, quelque chose d’unique, d’incroyable, dangereux sur les bords… Car les morts sont comme ce point final, ils n’ont pas fini de se taire. Et si en Summer ne se révélait pas une certaine antithèse, des relents d’amer et de sucré ? Et elle était en réalité l’incarnation du complexe, de l’humain dans son horrible beauté ? Cette histoire, comme je vous le disais, est donc loin de n’effleurer que la surface. Elle s’insinue en profondeur, elle remue les blessures, remet les choses à leur place, suit son cours presque perfidement… Car au milieu de tout ça sont nos personnages, Abby, Mia, Bynn, Wade et Owen, plongés dans le passé entremêlé au présent. Notre coeur fait des loopings, il essaie de rester accroché, bien vivant. Le tout est si intense, mêlant thriller et fantaisy, dans un mélange surprenant, prenant, et réussi. Mon corps, mon âme furent impliqués dans cette histoire, dans ce démélage du vrai du faux, avec cette atmosphère si particulière qui nous colle à la peau.

Il m’a percuté, jusqu’à la fin. Cette fin si parfaite, si inattendue, qui a fait de ce livre quelque chose d’autant plus marquant, à un point… Il a violemment pénétré mon esprit, il m’a inspiré son mystère, il a emmêlé mes certitudes… Jusqu’au bout, il aura été si marquant. Dès les premières lignes, je fus aspirée dans ce monde, ordinaire et pourtant si peu. Je l’ai laissé me berner, m’étonner, m’attendrir. Il est incroyablement humain, sous toutes les facettes. Il m’a fait passer par toutes les émotions possibles, il m’a vivifiée comme pousée à l’effarement. Je me suis impliquée jusqu’au bout dans l’enquête, le mystère, les remous du passé.

Un chef-d’oeuvre, je pense que je pourrais le qualifier ainsi. Et comme tous les chefs-d’oeuvres, il n’est jamais vraiment fini…

Merci infiniment aux éditions Albin Michel pour l’envoi

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